Quid de la centralisation ?

La distribution des œuvres sur internet est grandement facilitée par le peer to peer. Il n'est que très difficilement envisageable de distribuer de gros fichiers sans recourir à cette technologie. Tous les modèles recourant à la distribution de gros fichiers par une autre voie tendent à passer progressivement à une distribution via p2p. C'est le cas par exemple pour les distribution GNU/Linux dont la distribution des image iso des CD d'installation se faisait traditionnellement au travers du couple ftp/sites miroirs. Or le p2p est fondamentalement décentralisé, chacun téléchargeant chez les «pairs» qui partage le fichier désiré plutôt que de le télécharger sur un serveur qui, lui, serait centralisé.

Comment alors penser centraliser le p2p et pourquoi ?

Le partage via p2p ne peut se faire qu'entre «pairs» téléchargeant/proposant le même fichier. Il faut que les fichiers soient strictement identiques. À partir de là, on saisi très facilement l'intérêt pour chaque diffuseur de pointer vers la même archive p2p : cette archive serait massivement partagée et donc plus facile d'accès. Son téléchargement par les auditeurs n'en serait que plus rapide.

Cependant, si le p2p est commode pour télécharger des albums entiers, il ne l'est pas pour juste écouter une piste afin de se faire une idée. C'est là qu'intervient le streaming.

La signification de la centralisation pour le streaming est plus facile à comprendre : chaque personne souhaitant proposer une œuvre en streaming pointerais vers le même serveur. C'est alors ce serveur qui prendrait toute la charge du streaming notamment en terme de bande passante.

Si cela permettrait au diffuseur de s'affranchir du coup de la bande passante requise pour supporter un streaming important, les coup que cela impliquerait pour le «centre» (celui qui met à disposition les œuvres en streaming) seraient faramineux, la bande passante nécessaire étant particulièrement importante.

Une centralisation du streaming implique de plus que le recenseur soit l'hébergeur des œuvre. Ce qui implique une quantité de stockage importante. C'est le partit pris de Jamendo par exemple contrairement à musique-libre.org.

De plus, même si un moyen était trouvé pour financer cette bande passante (ainsi que l'espace disque nécessaire mais le coût de celui-ci est négligeable en comparaison), si le «centre» est défaillant, c'est tout le système qui est privé de streaming ! S'il est lent, c'est tout le système qui sera ralentit.

Ici, l'économie réalisée par les diffuseurs est prise entièrement en charge par le distributeur et amène à une grande instabilité.

Quid de la décentralisation ?

Les enjeux de la décentralisation se déduisent de ceux de la centralisation.

Pour ce qui concerne le p2p, nous avons déjà dit que son fonctionnement reposait sur la décentralisation du réseau. Cependant, ne pas faire référence de manière uniformes aux mêmes archives entraîne une dilution des sources. Le partage des fichiers devient lent et même parfois impossible si une archive n'a pas de source.

Si on pouvait assurer relativement facilement l'existence d'une source pour chaque œuvre en unifiant les références aux archives, il est nettement plus compliquer de garantir une source pour chaque archive s'il peut y avoir plusieurs archives pour une même œuvre. Bien sûr, il faut relativiser le «plusieurs» : on considère ici qu'un grand nombre de diffuseur propose son archive.

Dans le cas du streaming, la donne est complètement différente. Plus il y a d'auditeur sur le même serveur, plus ce dernier sera lent. Là où la multiplication des téléchargement en p2p entraînait une multiplication de la vitesse, elle entraîne une division de celle-ci dans le cas du streaming.

Cela encourage à penser qu'il vaut mieux partager les ressources nécessaire au streaming entre les diffuseurs. Quitte à limiter le streaming chez ceux-ci en fonction de leurs moyens. Il devient moins aisé pour les diffuseurs de proposer de longues listes de lectures à un grand nombre de personnes. Mais cela est-il vraiment préjudiciable ? Cela n'entraîne-t-il pas une sélection plus minutieuse des titres proposés et donc des suggestions de meilleurs qualité ?

Ainsi, il ressort que la centralisation du p2p ou plutôt, l'uniformisation des sources, peut-être bénéfique en multipliant les sources pour une même œuvre. On peut ajouter à qu'il est alors plus facile d'assurer une source minimum par œuvre, soit parce qu'un seedeur permanent n'aurait qu'une archive à proposer par œuvre et qu'une multiplication des seedeurs permanent multiplierait le nombre minimal de sources et donc la vitesse du téléchargement, soit que la multiplication des seedeurs permettrait un partage du «catalogue» partageant ainsi les frais le fonctionnement notamment ceux concernant la bande passante.

Au contraire, une telle centralisation n'est pas souhaitable pour ce qui est du streaming où elle entraînerait une forte instabilité et un coût très élevé pour le «centre».

Les solutions de streaming partagé rendue possible par des logiciels tels que peercast qui permettent de streamer sur le même modèle que le p2p n'ont pas été prise en compte dans ce raisonnement. Elles pourraient cependant constituer une alternative élégante pour les diffuseurs souhaitant streamer une grande quantité d'œuvres. Elle sont cependant encore relativement complexe à mettre en œuvre, plus en tout cas que le streaming traditionnel. De plus, ne permettent-elles pas uniquement une diffusion suivant le même modèle que la télévision ou la radio où le flux doit être simultané ? En effet, ces système repose sur la partage du flux, celui-ci peut-il être pris au début à n'importe quel moment ? Je doit avouer ici mon ignorance sur le sujet.

Mais le véritable problème de centralisation dans le modèle recenseur-diffuseurs est-il là ?

Une question que pose ce système est celle de l'unicité du recenseur.

Un premier risque qu'elle entraînerait serait l'identification du système de la libre diffusion dans son entier à ce recenseur chez ceux qui aurait fait ça connaissance auprès de ce dernier. C'est ce qui se passe sur Jamendo par exemple où il est de plus en plus fréquemment fait mention de le «musique Jamendo» ou bien des «artistes Jamendo» comme si il s'agissait du seul moyen de trouver de la musique en libre diffusion.

Mais au delà de ce risque, celui de la création d'un monopole est plus à craindre. Un acteur unique dans un domaine n'a plus de raison d'innover ce qui est préjudiciable. Les exemples ne manquent pas : on peut prendre celui du navigateur web Internet Explorer dont le développement par Microsoft a été arrêter entre la disparition de Netscape et l'émergence des navigateurs alternatif (Firefox, Opera, Safari...) au sein du grand public.

Le ralentissement de l'innovation n'est pas le seul risque d'une position de monopole : un artiste ou un auditeurs à qui le recenseur ne conviendrait pas serait alors exclu du système.

On pourrait cependant penser que cette position impliquerait une plus grande responsabilité au recenseur le poussant à être plus efficace. On pourrait penser également que l'unicité du recenseur faciliterais la recherche : il n'y aurait qu'un seul endroit où chercher.

Mais ces maigres avantages contrebalancent-ils vraiment les risques ?

Comme je l'ai déjà dit, musique-libre.org et Jamendo effectuent déjà un sérieux travail de recensement aussi la création d'une nouvelle plateforme ne créerait pas une situation d'unicité du recenseur. Cependant, on peut se poser des question sur le petit nombre de plateformes de ce type existantes : 2. S'il n'y a pas de monopole, il y a oligopole aussi, bien qu'aucun effet néfaste ne ressorte aujourd'hui de ce fait, il devrait encouragé à la création de nouvelles plateformes.