Les dons

Les raisons les plus souvent évoquées pour expliquer le fait de donner à un artiste sans obligation aucune alors même que l'on a déjà sa musique à notre disposition, sont le remerciement et l'encouragement.

On ne fait un don qu'à un artiste que l'on apprécie, et ce, justement, parce qu'on l'apprécie. Sa musique nous as plu, elle nous a fait passer un bon moment et il est perçu comme normal de remercier l'artiste, responsable de ce bon moment. Ce remerciement peut se faire sous plusieurs formes : critique élogieuse, diffusion auprès du public qui nous est accessible (au près de proches, via un site internet ou par tout autres moyens) ou encore don (il est bien sûr possible de cumuler). Le don a ça de particulier qu'il coûte au donateur, coût en temps, coût en argent... Ce remerciement peut également être interpréter comme un encouragement. Une œuvre de l'artiste nous a plus, nous espérons qu'il en fera d'autres. En cela, le don, plus qu'un remerciement peut également être une aide. Même si les montants mis en jeu par ce biais ne sont encore qu'à l'échelle de l'«argent de poche», c'est toujours ça qui ne sera pas pris sur un autre budget.

On notera que le don de temps n'a pas été évoqué au cours des discutions lancés sur les forums. Peut-être parce qu'il demande souvent plus d'expertise. Quels sont les besoin d'un artiste en terme de temps ? Mais peut-être aussi parce que proposer son aide de cette manière n'est pas perçue comme un don de la part des donateurs. Il suffit pour s'en faire une idée de voir le nombre de proposition d'aide, au mastering ou pour la conception de visuels par exemple, lancés sur les différents forums.

Une autre raison au don est qu'il se fait a posteriori. D'une part cela lui retire la symbolique de la «transaction commerciale classique». Du fait qu'il n'est pas obligatoire pour acquérir l'accès à l'œuvre, le don peut revêtir autant de signification qu'il y a de donateurs et même qu'il y a de dons. D'autre part, cette inversion de la chronologie dans la transaction et cet aspect facultatif supprime les risque liés à l'achat d'un disque ou à celui d'une place de concert. Lors d'un achat, le produit peut, en fin de compte, ne pas nous plaire. Évidemment, dans le cas d'un CD, on a toujours la possibilité de trouver quelqu'un qui possède déjà l'objet pour pouvoir le juger mais ce n'est que reporter le risque sur quelqu'un d'autre. Si lors de l'achat d'un CD on «paie pour jouir» si l'on reprend les termes de Dana Hilliot, on fait un don parce que l'on a «joui».

Ce plus, là où le prix d'un CD est fixe, le montant d'un don est complètement à l'initiative du donateur. Si certain font des dons dont le montant est proche du prix d'un CD, ce montant peut être inférieur ce qui permettra de remercier/encourager un artiste même sans avoir les moyens d'acheter l'un de ces CD (et sans avoir à faire le choix du CD à acquérir, choix qui pourrait laisser penser que l'on préfère un album à un autre même si c'est faux) ou encore de soutenir plusieurs artistes avec les même moyens. Le montant du don peut aussi être supérieur jusqu'à franchir le pas du modeste mécénat de particulier pour arriver à un mécénat plus ambitieux.

Enfin, le don revient presque entièrement à l'artiste. Pas de frais de fabrication, pas de frais de diffusion, de distribution... Il ne reste que les minces frais liés à un transfert d'argent.

Le faible flux suscité par les dons pousse tout de même à ce demander pourquoi cette pratique est si rare.

Sur Jamendo, où les dons fonctionnent peut-être mieux qu'ailleurs dans le domaine de la musique en libre distribution, moins de 1% des inscrits ont fait ne serait-ce qu'un seul don. Le flux des dons représente environ 0,0000423 (4,23*10^-5)€ par jour et par inscrit soit quatre microcentimes ! Évidemment, il y a des inscrits fantômes, des comptes multiples et ne sont comptabilisés que les dons fait par carte bleue à l'exclusion des dons paypal. Mais bien qu'il ne s'agisse que d'approximation, l'ordre de grandeur est probablement juste.

On peut expliquer une part de la ténacité de ce flux par le fait que tout le monde n'a pas les moyens de dépenser de l'argent qui ne rapportera rien au donateur sinon la satisfaction d'avoir fait un don avec tout ce que cela représente pour lui. À supposer que cela est un sens à ces yeux !

De plus, la quantité d'appels au don est phénoménale ! Ne serais-ce que de la part des organisation caritative.

Enfin, on s'est décidé à faire un don, ce don ira à un artiste. Encore faut-il choisir cet artiste car il n'y en a pas qu'un seul qui nous plais. Bien sur on pourrait diviser la somme que l'on est prêt à donner pour faire plusieurs dons. Mais on est alors confronté à un autre problème : les «formalités».

Pour faire un don aujourd'hui, à moins d'avoir l'artiste en face de nous, il faut sortir sa carte bancaires, aller sur le site, remplir une flopée de formulaires et enfin taper son code, espéré que ça va marcher... Toute cette démarche peut rebuter, surtout si elle doit être répétée plusieurs fois.

Si le frein des moyens financiers des donateurs ne peut être levé, celui posé par cette démarche qui peut paraître rébarbative (voire même dissuasive pour certains) peut l'être ou, du moins, peut l'être en partie. Il s'agirait de n'avoir à suivre cette démarche qu'une seule fois puis de pouvoir faire des dons sans être freiner par ces formalités. Ce sont les idées du porte monnaie virtuelle et du don en un clic évoquée à plusieurs reprise sur le forum de Jamendo. On verse une certaine somme dans son porte monnaie virtuel (ce qui demande de sortir la carte bancaire) puis on fait des donations aux artiste en quelques clics (voire un seul) qui sont prélevé sur cette somme. Les frais bancaires sont réduits et il n'est plus besoin de taper son numéro de carte pour chaque don. De plus, le donateur potentiel a alors une certaine somme mise de côté (qu'il ne peut dépasser accidentellement) qu'il ne peut utiliser autrement qu'en faisant des dons et qu'il est tenté de dépenser. Certes on est proche de l'incitation à la «consommation», le site marchand Amazon est d'ailleurs le premier a avoir mis au point un dispositif similaire et ce avec un objectif d'incitation à l'achat avoué. Mais s'agit-il vraiment de consommation ? Je ne pense pas.

Un autre moyen d'augmenter le flux généré par les dons est d'encourager les indécis. Sur Jamendo les dons ne sont reversés aux artistes qu'une fois la tranche des 100€ atteinte, ceci dans le but de limiter les frais de banque. Savoir où en est l'artiste par rapport à cette tranche de 100€ permettrait d'encourager les dons : je ne sais pas trop si je vais faire un don, je vois qu'il ne manque que quelques euro à l'artiste pour toucher ces dons, ou alors je m'apprête à faire un don de 5€ et je vois qu'il manque 10€ à l'artiste. Dans certains cas, et certains cas seulement, le don acquière une utilité directement constatable en plus de tout le symbolisme qui lui est attaché.

Mais a trop facilité le don, ne risque-t-on pas de lui faire perdre un peu de sa valeur ?

L'achat de CD

Attention : on parle ici de l'achat de CD dont les morceaux sont disponibles sous une licence de libre distribution. En aucun cas on ne parle de CD régit par le droit d'auteur a minima !

Pourquoi acheter un CD si on a déjà la musique qu'il contient à notre disposition ? Outre la qualité du son qui peut être meilleur, surtout si le CD est lut sur une chaîne HiFi de bonne qualité, c'est surtout un certain fétichisme qui pousse à l'achat de CD. On pourra pour cet aspect se référé à l'article de mpop qui traite déjà du sujet.

Le CD est également préféré pour les cadeaux. Le CD-R avec une pochette imprimée en 300 dpi peut faire facilement mesquin à moins d'avoir véritablement fait un travail de personnalisation.

Le CD apporte également une certaine valeur ajoutée par sa pochette, son livret... L'achat d'un CD se fait souvent en fonction du «packaging» et on évoque de plus en plus souvent des produits dérivés tels que des casquettes, T-Shirt ou autres tasses. Ces produits dérivé s'incluent parfaitement dans la libéralisation de l'artiste qui devient une petite entreprise. Mais on s'adresse ici à un public de fan uniquement.

La pré-vente de CD

On s'adresse aussi principalement à un public de fan et on crée un nouveau rapport à la fois entre l'auditeur et l'artiste mais aussi entre l'auditeur et l'objet.

Ici, l'auditeur souscrit à l'achat d'un produit, un CD le plus souvent, qui n'est pas encore réalisé. L'auditeur participe ainsi à son financement et donc à la réalisation du projet. La vision qu'a l'auditeur de se projet est donc différent : il est intégré à sa réalisation, elle n'aurait pas été possible sans lui.

De plus, l'objet qui résulte d'un tel projet est, le plus souvent, personnalisé pour les contributeurs : autographe, nom imprimé sur le livret... il s'agit donc d'une «expérience musicale personnalisée». L'appropriation de l'objet n'en est que plus importante.

La confiance est cependant une composante majeure dans un tel projet. Confiance dans l'artiste qui lance un tel projet d'abord. Mais cette même confiance est nécessaire pour tout achat par correspondance. Mais surtout confiance dans le projet car s'il n'arrive pas à terme les sommes versées par les contributeurs serrons perdues à leurs yeux en plus de la déception que cet avortement provoquerait.

Une parade a été trouvée par le site fundable.org contre le risque de perte des sommes versée en cas d'avortement par manque de contributeurs. Le site référence des promesses d'achat (ou de don, on pourra se référer à un sujet sur le forum de Jamendo à propos du mécénat par projet) et y associe les coordonnées bancaires du souscripteur. Si le montant seuil est atteint dans le délais fixé, les promesses d'achat son versées à l'initiateur du projet, si ce n'est pas le cas, les promesses sont effacées du site avec les informations bancaires. Le risque est alors réduit au minimum.

Cette démarche, comme le fait remarqué nitromthemetronome s'inscrit dans une certaine durée contrairement au don qui est parfaitement aléatoire du point de vue de l'artiste.

Ce genre d'initiatives tendent à ce multiplier. C'est un intermédiaire entre l'achat simple d'un CD dont la réalisation est parfois impossible faute de moyens et le don, aléatoire et sans autres fondements que symbolique.